Le super pouvoir multiculturel de Mounia Zerktouni
Un format audio pour entrer dans son parcours avant de découvrir son portrait.
Portrait d’intervenante — Marocains du Luxembourg : Parcours & Horizons
Mounia Zerktouni, transmettre, relier et faire vivre le dialogue
À l’occasion de l’événement « Marocains du Luxembourg : Parcours & Horizons », Marokkanesch Kultur met en lumière des parcours qui racontent la richesse, la diversité et la profondeur des liens humains, culturels et sociaux entre le Maroc et le Grand-Duché de Luxembourg. Parmi ces voix singulières, celle de Mounia Zerktouni occupe une place particulière.
Coordinatrice du service SIMI au sein de l’ASTI a.s.b.l., engagée depuis plus de trente ans dans le domaine du vivre-ensemble, Mounia Zerktouni porte un parcours profondément marqué par les langues, la solidarité, la transmission, le respect des cultures et l’engagement citoyen.
Son histoire ne se résume pas à une fonction. Elle raconte une manière d’habiter plusieurs appartenances, de transformer une expérience personnelle en engagement collectif, et de faire de la langue non pas une frontière, mais un pont entre les personnes.
01Une identité plurielle : entre racines marocaines et histoire luxembourgeoise
Mounia Zerktouni est née au Luxembourg de parents marocains arrivés au Grand-Duché dans les années 1970. Elle a grandi au Luxembourg, y a accompli sa scolarité, y a fondé sa famille et y a construit son parcours professionnel. Le Luxembourg est pour elle son « Doheem », son chez-soi.
Le Maroc, lui, représente ses racines : la langue maternelle, la mémoire familiale, les traditions, la culture du Nord du Maroc et les valeurs reçues dans l’enfance. Cette double appartenance n’est pas vécue comme une opposition. Elle constitue au contraire une richesse, une source d’équilibre et une manière d’aborder le monde avec nuance.
Le Maroc : les racines
Le pays de la langue maternelle, de la mémoire familiale, des traditions et des valeurs transmises.
Le Luxembourg : Doheem
Le pays où elle est née, où elle s’est construite et où elle contribue activement au vivre-ensemble.
Son enfance au Luxembourg a aussi été nourrie par la proximité avec d’autres communautés, notamment portugaise et espagnole. Elle raconte qu’on s’adressait souvent à elle en portugais, une expérience qui a éveillé très tôt sa curiosité pour les langues et pour les différentes manières de communiquer.
Ce détail peut sembler simple, mais il dit beaucoup de son parcours. Avant même que les langues ne deviennent un sujet professionnel, elles faisaient déjà partie de son quotidien, de ses rencontres et de sa manière de comprendre les autres.
02La solidarité comme héritage familial
Dans le parcours de Mounia Zerktouni, l’engagement ne commence pas par un poste ou une responsabilité officielle. Il commence par une éducation, par une atmosphère familiale, par une manière d’être attentive aux autres. Elle évoque notamment l’influence de son père, qui privilégiait l’action aux longs discours.
Cette transmission familiale a façonné sa vision de la solidarité. Aider, pour elle, n’est pas un concept abstrait. C’est une présence, une disponibilité, un geste utile, une manière de contribuer concrètement à la société dans laquelle on vit.
Très jeune, elle s’oriente vers le bénévolat. À 18 ans, elle rejoint les débuts du service TOD, la Traduction Orale Directe, au sein de l’ASTI. Cette première expérience deviendra l’un des fils rouges de son parcours.
03Du TOD au SIMI : faire de la langue un pont
Le parcours de Mounia Zerktouni accompagne aussi l’évolution d’un service essentiel. Ce qui commence avec le TOD, la Traduction Orale Directe, deviendra plus tard le SIMI : « SIMultan Iwwersetzung fir de Vivre Ensemble ».
Depuis 2010, Mounia Zerktouni travaille professionnellement au sein de l’ASTI a.s.b.l. Elle coordonne aujourd’hui le service SIMI, conventionné par le ministère de la Famille, des Solidarités, du Vivre ensemble et de l’Accueil.
La mission du SIMI est claire : faciliter la communication entre les institutions et les personnes allophones. Derrière cette mission, il y a une réalité profondément humaine. Lorsqu’une personne ne maîtrise pas suffisamment une langue, accéder à une information, comprendre une démarche, exprimer une situation ou faire valoir ses droits peut devenir difficile.
Le rôle de Mounia Zerktouni consiste notamment à coordonner des traducteurs oraux et sociaux bénévoles. Cela demande de l’organisation, de l’écoute, de la rigueur et une grande sensibilité aux situations humaines. La traduction, dans ce contexte, ne consiste pas seulement à passer d’une langue à une autre. Elle permet de créer de la confiance, d’éviter les malentendus et de rendre possible une rencontre plus juste entre les personnes.
À travers le SIMI, son engagement prend une forme très concrète : faire en sorte que la langue ne soit jamais un obstacle au respect, à la compréhension et à la pleine participation de chacun.
04Une présence engagée au-delà du cadre professionnel
L’engagement de Mounia Zerktouni ne s’arrête pas à son travail au sein de l’ASTI. Elle est également pompier volontaire au sein du Groupe de Support Psychologique du CGDIS.
Cet engagement supplémentaire révèle une même ligne de conduite : être présente lorsque l’humain a besoin d’écoute, de soutien et d’accompagnement. On retrouve ici la cohérence de son parcours : créer du lien, soutenir, aider à comprendre, mais aussi aider à traverser.
05Concilier, avancer, transmettre
Le parcours de Mounia Zerktouni est aussi traversé par des défis personnels importants. Elle évoque notamment la difficulté de concilier les études, le travail, l’engagement associatif et l’éducation de trois enfants.
Cette dimension donne une profondeur particulière à son témoignage. Derrière l’engagement visible, il y a aussi l’équilibre à construire au quotidien, les responsabilités familiales, les choix, l’énergie nécessaire pour continuer à avancer sans renoncer à ce qui compte.
Lorsqu’elle parle de réussite, Mounia Zerktouni ne la réduit ni à un titre, ni à une carrière, ni à une reconnaissance extérieure. Pour elle, la réussite se mesure à la personne que l’on devient, aux valeurs que l’on transmet et aux souvenirs que l’on laisse.
Sa plus grande fierté reste ses trois enfants. Les voir devenir des adultes responsables, bienveillants et ouverts aux autres représente pour elle une réussite profonde. Cette réponse éclaire tout son parcours : transmettre n’est pas seulement un mot, c’est une responsabilité vécue dans la famille, dans l’engagement et dans la société.
06L’authenticité comme valeur centrale
Parmi les valeurs qui traversent son témoignage, l’authenticité occupe une place centrale. Elle s’accompagne chez Mounia Zerktouni du respect, de la solidarité, de l’ouverture, de l’honnêteté et de l’écoute.
Cette authenticité se ressent dans sa manière de parler de son parcours. Rien n’est présenté comme une posture. Son engagement apparaît comme le prolongement naturel d’une histoire personnelle, familiale et collective. Être authentique, dans son cas, c’est rester fidèle à ses racines tout en assumant pleinement sa place dans la société luxembourgeoise.
07Un regard lucide et bienveillant sur la communauté marocaine au Luxembourg
Mounia Zerktouni a vu évoluer la communauté marocaine au Luxembourg. Elle se souvient d’une communauté autrefois plus petite, où beaucoup se connaissaient. Aujourd’hui, elle observe une communauté plus large, plus diverse, composée de parcours professionnels, familiaux, sociaux et générationnels très différents.
Cette diversité est une force. Elle montre que les Marocains du Luxembourg ne se résument pas à une seule histoire, une seule image ou un seul modèle de réussite. La communauté rassemble des entrepreneurs, des fonctionnaires, des professionnels de santé, des enseignants, des artisans, des étudiants, mais aussi des personnes aux parcours plus vulnérables.
Pour Mounia Zerktouni, le défi est de créer davantage de ponts entre ces réalités. Relier les générations, favoriser les synergies, valoriser les parcours inspirants, permettre aux jeunes de se projeter : autant d’enjeux qui donnent tout son sens à l’événement « Marocains du Luxembourg : Parcours & Horizons ».
08Un message aux jeunes générations : croire en soi et avancer
Aux jeunes générations d’origine marocaine, Mounia Zerktouni adresse un message simple et fort : croire en soi, saisir les opportunités et ne jamais considérer ses origines comme une limite.
Pour elle, les origines sont une richesse. Elles peuvent donner de la force, de la profondeur et une capacité particulière à comprendre plusieurs mondes. Mais elles doivent aussi s’accompagner d’ouverture, de curiosité, d’engagement et de participation active à la société.
- Croire en soi et en ses capacités.
- Saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent.
- Apprendre les langues pour créer du lien et ouvrir des portes.
- Voir ses origines comme une richesse, jamais comme un frein.
- Rester curieux et ouvert aux autres.
- S’engager dans la société, dans la vie associative ou citoyenne.
- Rester fidèle à ses valeurs tout en construisant pleinement sa place au Luxembourg.
09Ce qu’elle souhaite partager lors de l’événement
Si Mounia Zerktouni a accepté de participer à l’événement, c’est pour partager un parcours, mais aussi une vision. Elle souhaite évoquer le fait de grandir entre plusieurs cultures, la manière de construire sa place au Luxembourg, la transmission, l’engagement associatif et le rôle des langues dans le vivre-ensemble.
Elle souhaite aussi rappeler qu’il existe plusieurs chemins de réussite. Tous ne se ressemblent pas. Tous ne passent pas par les mêmes étapes. Mais chacun peut avoir de la valeur lorsqu’il est porté par des convictions, par le respect des autres et par la volonté de contribuer.
C’est précisément ce qui rend sa présence précieuse : Mounia Zerktouni ne vient pas seulement raconter un parcours professionnel. Elle vient ouvrir une conversation sur l’identité, la transmission, la solidarité et la place que chacun peut construire entre ses racines et son avenir.
Venez rencontrer Mounia Zerktouni
Rencontrer Mounia Zerktouni, c’est croiser une personne dont le parcours relie les langues, les cultures, les générations et les engagements. C’est découvrir une voix qui parle du vivre-ensemble non pas comme d’un slogan, mais comme d’une réalité quotidienne, faite d’écoute, de confiance et de transmission.
Son mot pour l’avenir est « أمل » : l’espoir. Un mot qui résume avec justesse l’esprit de son témoignage. L’espoir que les racines puissent devenir une force. L’espoir que les langues rapprochent. L’espoir que chaque génération puisse transmettre mieux, comprendre davantage et construire sa place avec confiance.
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