Le MMA comme vecteur de valeurs avec Mourad Serrar
Un format audio pour entrer dans son parcours avant de découvrir son portrait.
Portrait d’intervenant — Parcours & Horizons, pour les Marocains du Luxembourg
Mourad Serrar, bâtir un écosystème autour du MMA au Luxembourg
À l’occasion de l’événement « Parcours & Horizons – Pour les Marocains du Luxembourg », Marokkanesch Kultur met en lumière des parcours qui racontent l’audace, la persévérance et la capacité de construire sa place dans un nouvel environnement. Parmi ces trajectoires, celle de Mourad Serrar occupe une place particulière.
Dirigeant, co-fondateur et coach principal du Fighting Club Luxembourg, Mourad Serrar évolue dans un univers encore jeune au Grand-Duché : celui des sports de combat modernes et du MMA. Il est aussi présentateur, commentateur pour différentes organisations de sports de combat en Europe et dans le monde, et organisateur d’événements de MMA.
Son parcours ne ressemble pas à une trajectoire linéaire. Il passe par la construction, la restauration, l’entrepreneuriat, le coaching, l’événementiel sportif et la transmission. Mais derrière ces expériences multiples, un fil rouge demeure : le sport, et plus précisément les arts martiaux, comme espace de discipline, de valeurs et de dépassement.
Mourad Serrar résume son parcours en trois mots : atypique, polyvalent, ambitieux. Trois mots qui disent bien une histoire construite par étapes, à force de travail, d’essais, d’obstacles et de décisions courageuses.
Ce portrait est aussi celui d’un homme qui n’a pas attendu que toutes les conditions soient réunies pour agir. Dans son domaine, les chemins étaient peu tracés, les modèles économiques peu compris, les structures encore rares. Il a donc fallu apprendre, observer, convaincre, recommencer et tenir une vision dans la durée. C’est précisément ce qui donne de la force à son témoignage : Mourad Serrar ne raconte pas seulement une réussite sportive, il raconte la construction patiente d’un projet là où il fallait d’abord créer les repères.
01Une passion présente depuis le départ
Mourad Serrar suit d’abord un cursus professionnel orienté vers la construction, du BEP au BTS. Il connaît ensuite différentes formes d’activité : salarié, indépendant, puis à nouveau entrepreneur selon les périodes et les opportunités.
En parallèle, il travaille dans la restauration depuis ses études. Au fil du temps, il y prend des responsabilités, devient manager, puis directeur de restauration, avant d’évoluer comme consultant indépendant dans ce domaine. Cette partie de son parcours lui apporte une expérience concrète du terrain, de la gestion, de l’organisation et de la relation humaine.
Mais le sport reste présent. Mourad Serrar le dit simplement : les arts martiaux faisaient partie de son ADN. Même lorsque son activité professionnelle l’emmenait ailleurs, il continuait à s’entraîner, à se former et à garder ce lien profond avec la discipline.
Cette double expérience, entre le monde professionnel classique et l’univers exigeant du sport, lui donne un profil particulier. La restauration lui apprend le rythme, la pression, la gestion d’équipe et le sens du service. Les arts martiaux lui apportent la rigueur, la maîtrise de soi, le respect du cadre et l’attention au progrès individuel. Plus tard, ces deux dimensions se rejoindront dans sa manière de diriger un club : avec une vision entrepreneuriale, mais aussi avec une présence de terrain.
Plus jeune, il ne s’imaginait pas forcément suivre exactement le parcours qu’il occupe aujourd’hui. Sa formation professionnelle pouvait apparaître comme une voie imposée. Ce qui l’animait réellement, c’était le sport, en particulier les arts martiaux. Son ambition était déjà claire : enseigner.
02Le MMA comme déclic
Lorsque le MMA commence à se développer en Europe, le contexte est très différent de celui d’aujourd’hui. La discipline n’est pas encore structurée comme elle peut l’être actuellement. Les infrastructures sont rares, les formations peu accessibles, les fédérations absentes ou insuffisamment établies, et les possibilités de pratiquer ou de combattre restent limitées.
Pour apprendre, progresser et se former, Mourad Serrar doit chercher les opportunités là où elles existent. Il se déplace en France, notamment à Paris, Marseille, Montpellier ou Toulon, et tente de se former malgré un environnement encore peu organisé. Pour exprimer son art, il faut parfois aller combattre à l’étranger.
Cette période forge sa vision. Il comprend très tôt que le MMA n’est pas une simple mode. Pour lui, cette discipline est appelée à devenir une référence dans l’évolution des arts martiaux modernes. Elle oblige à penser autrement l’entraînement, la préparation, la technique, le mental et la transmission.
Ce regard d’avance deviendra l’un des moteurs de son parcours.
03Quitter un environnement difficile pour construire ailleurs
Le parcours de Mourad Serrar est aussi marqué par des obstacles. Il évoque les difficultés rencontrées en France pour faire avancer ses projets, notamment en tant que Français issu de l’immigration. Son père est arrivé en France en 1974, et cette histoire familiale fait partie de son identité.
Il parle de projets refusés, de dénigrement et de discriminations. Ces expériences ont pesé dans sa trajectoire. Elles auraient pu freiner son ambition. Elles deviennent finalement l’une des raisons qui le poussent à chercher un autre espace pour construire.
C’est ainsi qu’il décide, à contrecœur, de quitter la France pour s’investir au Luxembourg. Ce choix n’est pas seulement géographique. Il représente une volonté de repartir avec son expérience, sa vision et son énergie dans un pays où beaucoup reste encore à inventer dans son domaine.
Au Luxembourg, le MMA est alors presque inexistant. Il n’existe pas vraiment de structure spécialisée, pas de salle dédiée à cette discipline, pas encore d’écosystème clair autour des arts martiaux modernes. Là où certains auraient vu un manque, Mourad Serrar voit aussi une possibilité : celle de poser les premières pierres.
Ce passage vers le Luxembourg marque donc un changement profond dans son parcours. Il ne s’agit pas simplement de trouver un nouveau lieu de travail, mais de déplacer une ambition vers un territoire où elle peut prendre forme autrement. Le Grand-Duché devient un espace d’expérimentation, un terrain où il faut à la fois introduire une discipline, rassurer, expliquer sa valeur et montrer que les sports de combat peuvent être encadrés avec sérieux, pédagogie et responsabilité.
04Fighting Club Luxembourg : un projet construit à deux
Avec sa femme, Mourad Serrar fonde le Fighting Club Luxembourg. Cette création est l’une de ses plus grandes fiertés. Elle ne représente pas seulement l’ouverture d’un club, mais la naissance d’un écosystème autour des sports de combat et du MMA.
Le projet repose sur leurs expériences respectives, leur complémentarité et leur capacité à croire à une vision avant qu’elle ne soit évidente pour tout le monde. Ensemble, ils créent un espace d’entraînement, mais aussi un lieu de transmission, d’accompagnement et de progression.
Autour du club se développent plusieurs dimensions : entraînements, stages, événements, voyages au Maroc, compétitions, formations et accompagnement des sportifs. Le Fighting Club Luxembourg devient ainsi plus qu’une salle. Il devient un point de rencontre entre pratique sportive, entrepreneuriat, pédagogie et ambition collective.
Cette réussite compte d’autant plus qu’il a fallu faire accepter une discipline encore mal connue. Mourad Serrar explique que l’un des défis les moins visibles a été de faire entrer le MMA dans les habitudes, dans les mentalités et dans le paysage sportif luxembourgeois.
Aujourd’hui, de nombreuses personnes passent par le club et remercient l’équipe pour ce qu’elles y trouvent au-delà de l’effort physique. Pour Mourad Serrar, le sport apporte énormément de bienfaits au corps et à l’esprit. Il peut renforcer la confiance, installer une discipline, aider à canaliser l’énergie et offrir un cadre structurant.
Cette approche concerne aussi les enfants, accueillis dès l’âge de quatre ans. Là encore, le MMA n’est pas présenté uniquement comme une pratique de combat, mais comme une école de maîtrise, d’écoute, de respect et de progression.
Cette nuance est importante. Dans l’imaginaire collectif, les sports de combat peuvent parfois être mal compris ou réduits à leur dimension spectaculaire. Mourad Serrar défend une autre lecture : celle d’un apprentissage encadré, progressif et éducatif. Le combat n’est pas une fin en soi. Il devient un support pour apprendre à gérer ses émotions, respecter l’autre, accepter l’effort, comprendre ses limites et gagner en confiance.
05Professionnaliser le sport au Luxembourg
Dans son secteur, Mourad Serrar observe une professionnalisation progressive du sport. Cette évolution se fait discrètement, car le sport est souvent associé au monde associatif. Pourtant, le développement de structures privées, de formations, d’événements et d’accompagnements spécialisés ouvre de nouvelles perspectives.
Avec le Fighting Club Luxembourg, Mourad Serrar se positionne comme l’un des précurseurs d’un modèle privé de salle de MMA au Grand-Duché. Ce rôle implique de devoir expliquer, convaincre et parfois créer un modèle là où il n’existait pas encore.
Il évoque notamment les difficultés rencontrées auprès des banques, face à un business model peu connu au Luxembourg. Dans un pays où certaines évolutions peuvent être accueillies avec prudence, il a fallu démontrer la solidité du projet, sa cohérence et sa capacité à répondre à une vraie demande.
Cette expérience révèle une autre facette de son parcours : l’entrepreneuriat sportif demande autant de vision que de résistance. Le sport business, tel que Mourad Serrar souhaite l’aborder lors de l’événement, n’est donc pas seulement une question de rentabilité. C’est aussi une question de structuration, de crédibilité et d’impact.
Son expérience acquise en France et à l’international l’a beaucoup aidé. Elle lui a permis d’apporter une vision, des méthodes et une connaissance du terrain que peu de coachs ou de sportifs avaient alors pu développer localement dans cette discipline.
Une discipline
Le MMA comme école de rigueur, de maîtrise, d’effort et de confiance.
Un écosystème
Un club, des stages, des événements, des compétitions, des formations et une vision entrepreneuriale.
06Le Maroc comme cœur, le Luxembourg comme tremplin
Dans son parcours, le Maroc occupe une place affective et identitaire forte. Mourad Serrar le résume en une expression : « mon cœur ». Ses origines marocaines font partie de sa personnalité, de sa manière d’être et de créer des liens.
Il échange beaucoup avec des compatriotes marocains, notamment autour d’une passion commune pour le sport. Il estime que l’origine et la culture marocaines sont souvent bien accueillies, notamment parce que le Maroc bénéficie d’une image positive, associée à l’hospitalité et à la convivialité.
Le Luxembourg, lui, représente pour lui un tremplin. Voilà dix ans qu’il y a posé ses valises. Le chemin n’a pas été sans difficulté, mais il reconnaît que lorsque l’on comprend le fonctionnement du pays, il est possible d’y construire sa place.
Cette double expérience nourrit sa manière d’entreprendre. Elle lui permet de relier son identité, son histoire familiale, son expérience française, ses racines marocaines et son ancrage luxembourgeois dans un projet concret.
07Un regard direct sur la communauté marocaine au Luxembourg
Mourad Serrar porte un regard franc sur la communauté marocaine au Luxembourg. Il met en avant sa bonne réputation, son hospitalité, sa convivialité et sa capacité à s’intégrer dans le pays.
Mais il exprime aussi un souhait : voir les Marocains du Luxembourg s’investir davantage dans des projets collectifs. Associations, commerces, entrepreneuriat, lieux de rencontre, initiatives sportives ou culturelles : selon lui, il existe encore beaucoup à construire.
Cette vision rejoint l’esprit de « Parcours & Horizons ». L’événement permet précisément de montrer que les parcours marocains au Luxembourg ne se limitent pas à une seule voie. Ils peuvent passer par l’entreprise, le sport, la transmission, l’engagement, la culture, la solidarité ou la création de nouveaux espaces.
08La réussite comme construction
Pour Mourad Serrar, la réussite n’est pas un point d’arrivée figé. Elle se mesure à l’évolution, au chemin parcouru et aux premières pierres que l’on pose pour construire quelque chose de durable.
Il associe sa réussite d’abord à Dieu, puis au travail fourni depuis de nombreuses années. Ses valeurs culturelles et islamiques guident ses choix et sa manière d’avancer. Elles l’aident à chercher des décisions justes et à donner du sens à son parcours.
Sa devise personnelle est simple et forte : « Apprendre c’est bien, comprendre c’est mieux. » Cette phrase dit beaucoup de son approche. Il ne s’agit pas seulement d’accumuler des techniques, des expériences ou des connaissances. Il faut comprendre ce que l’on fait, pourquoi on le fait, et comment le transmettre.
Dans son histoire, une autre phrase occupe une place particulière. Elle vient de sa femme, qu’il cite comme une personne essentielle dans son parcours : « Arrête de travailler pour les autres, et lance-toi car tu es fait pour ça. »
Cette phrase a marqué un tournant. Elle résume aussi l’importance de l’entourage, de la confiance et du soutien dans une trajectoire entrepreneuriale. Mourad Serrar ne présente pas son projet comme une réussite individuelle isolée, mais comme une construction à deux, portée par une vision partagée.
09Un message aux jeunes : foncer, mais chercher la vision
À un jeune Marocain ou une jeune Marocaine qui souhaite construire son avenir au Luxembourg, Mourad Serrar donne un conseil direct : foncer. Pour lui, le Luxembourg est un pays où les opportunités existent, dans des domaines variés, et où il reste encore beaucoup de choses à faire.
Mais son propre parcours lui a aussi appris l’importance de l’accompagnement. Il aurait aimé, au début, être davantage guidé et conseillé. Dans son domaine, peu de personnes comprenaient réellement le MMA ou avaient la vision nécessaire pour accompagner son développement.
C’est aussi pour cela que son témoignage compte. Il peut aider d’autres personnes à comprendre qu’il est possible de créer là où rien n’est encore structuré, mais que cela demande du travail, de la patience, de la résilience et une vision solide.
- Oser construire même lorsque le modèle n’existe pas encore.
- Transformer les obstacles en expérience et en vision.
- Comprendre que le sport peut transmettre des valeurs durables.
- Saisir les opportunités du Luxembourg avec ambition et patience.
- S’investir davantage dans les projets collectifs et communautaires.
10Ce qu’il souhaite partager lors de l’événement
Mourad Serrar a accepté de participer à « Parcours & Horizons – Pour les Marocains du Luxembourg » parce qu’il souhaite transmettre une expérience, laisser une trace utile et, si possible, devenir un exemple pour celles et ceux qui viendront après.
Lors de son intervention, il souhaite parler du sport business au Luxembourg. Ce sujet est précieux, car il montre une facette encore peu mise en avant de l’entrepreneuriat : celle qui transforme une passion sportive en projet économique, éducatif et humain.
Son message central est clair : le sport est un vecteur universel de valeurs. À travers le MMA, Mourad Serrar veut témoigner de ce que la discipline, l’effort, le respect, l’accompagnement et la confiance peuvent apporter à chacun.
Rencontrer Mourad Serrar, c’est découvrir un parcours d’entrepreneur sportif, mais aussi une histoire de transmission, de courage et de construction. C’est comprendre comment une passion peut devenir un projet, puis un écosystème, puis une contribution durable au paysage sportif luxembourgeois.
Dans un pays où les opportunités existent mais où certains modèles restent encore à inventer, son parcours rappelle une chose essentielle : il faut parfois accepter d’être parmi les premiers à ouvrir la voie.
Son témoignage apporte ainsi une voix différente à l’événement. Il montre que les parcours inspirants existent aussi dans le sport, dans les salles d’entraînement, dans les projets construits avec peu de repères au départ, et dans les disciplines nouvelles qui cherchent leur place.
Venez rencontrer Mourad Serrar
Lors de son intervention, Mourad Serrar partagera son regard sur le MMA, le sport business au Luxembourg, l’entrepreneuriat sportif et la manière dont le sport peut devenir un vecteur universel de valeurs.
Son parcours invite à une conversation forte : comment transformer une passion en projet, un projet en écosystème, et un écosystème en transmission pour les générations suivantes ?
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