Deep dive audio

Du Maroc au LiDAR luxembourgeois

Un format audio pour découvrir le parcours d’Adil Nassoh, entre géosciences, recherche, entrepreneuriat et construction de ponts entre le Maroc et le Luxembourg.

Portrait d’intervenant — Parcours & Horizons, pour les Marocains du Luxembourg

Adil Nassoh : de la science à l’entrepreneuriat, construire des ponts entre le Maroc et le Luxembourg

Chercheur doctorant à l’Université du Luxembourg et cofondateur de LuxGeospatial, Adil Nassoh évolue à la rencontre de deux univers : la recherche scientifique et l’entrepreneuriat. Des géosciences étudiées au Maroc aux technologies géospatiales développées au Luxembourg, son parcours raconte une même volonté : transformer la connaissance en solutions concrètes. Mais derrière les drones, le LiDAR, la modélisation 3D et la gestion des risques naturels se dessine aussi une histoire de recommencement, d’ancrage et de transmission.

Il y a, dans le parcours d’Adil Nassoh, une idée qui revient sous différentes formes : relier.

Relier la géographie à la technologie. La recherche au terrain. Le savoir scientifique aux besoins opérationnels. Le Maroc au Luxembourg.

Aujourd’hui, Adil mène deux activités parallèles et complémentaires. À l’Université du Luxembourg, il poursuit un doctorat en ingénierie et développe des technologies de simulation destinées à la gestion de crise et à la formation à la réponse d’urgence.

Chez LuxGeospatial, entreprise géospatiale luxembourgeoise qu’il a cofondée, il intervient comme consultant, chef de projet et directeur des opérations.

Deux mondes qui pourraient sembler éloignés.

Pour lui, ils participent pourtant de la même démarche : faire en sorte que la recherche ne reste pas enfermée dans un laboratoire, mais puisse devenir un outil concret au service des territoires et des personnes.

01Du Maroc aux géosciences : comprendre le territoire

Le parcours d’Adil commence au Maroc.

Plus jeune, il n’a pas encore une idée précise du métier qu’il souhaite exercer. Ce qui le guide d’abord, c’est un intérêt profond pour la géologie et la géographie.

Ces disciplines vont progressivement devenir beaucoup plus qu’un choix universitaire.

Pour lui, elles constituent une manière de comprendre le monde, les territoires et les transformations qui les traversent.

Il suit une licence en Géoressources entre 2011 et 2015, puis une qualification professionnelle en sciences naturelles et de la Terre à l’École Normale Supérieure de Marrakech.

Il poursuit ensuite sa formation avec un mastère spécialisé en ingénierie du conseil, autour des géorisques, de la géomatique, des géomatériaux et du géoenvironnement, entre 2016 et 2018.

Ses premières expériences professionnelles restent directement liées à ces domaines.

Il travaille notamment comme analyste géospatial et géotechnique pour l’Agence Nationale des Ports marocaine et SOMAGEC à Essaouira, sur des projets d’infrastructures portuaires et côtières.

Mais très tôt, une autre dimension vient compléter cette orientation scientifique : l’envie d’entreprendre et de participer au développement économique local.

Adil s’investit dans le travail associatif puis cofonde une coopérative au Maroc.

Son ambition est alors de mettre ses compétences et ses idées au service de son territoire.

Le Luxembourg ne constitue donc pas, à ce moment-là, l’objectif initial de son parcours.

02Quand une pause forcée change la trajectoire

Puis survient la pandémie de Covid-19.

L’activité qu’Adil développe au Maroc est mise à l’arrêt pendant un temps.

Cette interruption devient un moment de remise en question.

Au lieu de simplement attendre une reprise, Adil ressent le besoin de retourner vers l’une de ses premières passions : la géographie.

Il décide alors de reprendre ses études.

Il candidate au master de l’Université du Luxembourg, qu’il commence en 2020. La présence de ses frères et sœurs déjà installés au Grand-Duché contribue également à rendre ce départ possible.

Cette décision est importante.

Adil avait imaginé contribuer directement à l’économie marocaine. Quitter le pays signifie donc modifier profondément la trajectoire qu’il avait envisagée.

Mais le fond de son ambition reste le même.

Son désir de contribuer au développement local et africain demeure.

« Le désir de contribuer au développement local et africain reste le même, seuls le lieu et les outils ont évolué. »

Ce déplacement géographique ne devient donc pas une rupture avec le projet initial.

Il en devient une nouvelle étape.

03Quand la recherche devient une entreprise

C’est au Luxembourg qu’un autre tournant se produit.

Au sein d’une équipe de chercheurs avec laquelle Adil travaille, une réflexion commence à émerger : certaines compétences scientifiques développées dans le cadre académique pourraient-elles devenir des solutions opérationnelles pour des entreprises ou des institutions ?

Cette idée débouche sur la création de LuxGeospatial, qu’Adil cofonde en octobre 2022.

La recherche rencontre alors directement l’entrepreneuriat.

Adil participe notamment à des campagnes de terrain utilisant le GNSS, le LiDAR et la photogrammétrie par drone.

Parmi les projets qu’il cite figurent la cartographie 3D du potentiel solaire à l’échelle du Luxembourg ainsi que le suivi géospatial de l’affaissement du plateau de Lasauvage pour l’ITM.

Mais créer une entreprise à partir d’une expertise scientifique ne signifie pas simplement disposer d’une bonne technologie.

Il faut aussi faire sa place sur un marché.

Et c’est là qu’apparaît l’un des principaux défis de son parcours.

04Faire sa place et construire la confiance

LuxGeospatial débute sans réseau institutionnel préexistant.

Pour une jeune entreprise, convaincre les acteurs locaux de lui confier leurs projets demande du temps.

Adil évoque une période d’attente relativement longue avant de décrocher les premiers clients.

Cette expérience lui apprend une leçon qui deviendra centrale dans sa manière de travailler : la qualité technique d’une offre ne suffit pas à créer automatiquement la confiance.

Le réseau personnel, le contact direct et la capacité à construire des relations durables deviennent tout aussi importants.

« Le réseau personnel et les contacts que l’on connaît directement sont un élément clé pour installer une communication de confiance avec le marché local. »

Pour Adil, le relationnel humain ne devient donc pas un simple complément de la technologie.

Il devient une véritable composante de l’entrepreneuriat.

Avec le temps, cette construction patiente commence à porter ses fruits.

Adil se dit particulièrement fier d’avoir réussi, avec LuxGeospatial, à convaincre des ministères, des administrations et des universités de leur confier des projets.

Il indique qu’environ 90 % de l’activité de LuxGeospatial repose aujourd’hui sur des organisations publiques.

Pour une jeune entreprise partie sans réseau institutionnel établi, cette évolution représente une étape importante.

Elle signifie que le sérieux du travail fourni et la confiance construite progressivement ont commencé à être reconnus.

La confiance

Construire des relations durables avec les institutions, les partenaires et les clients au-delà de la seule qualité technique.

Le relationnel

Faire du contact humain, du réseau et de la compréhension des interlocuteurs une véritable compétence professionnelle.

05Savoir repartir

Pourtant, lorsqu’Adil évoque une réussite moins visible, il ne cite ni les contrats obtenus ni les technologies développées.

Il parle d’autre chose.

La réussite personnelle à laquelle il accorde une importance particulière est sa capacité à avoir recommencé.

Son projet au Maroc ne s’est pas développé comme il l’espérait.

Arrivé au Luxembourg, rien ne garantissait que ce nouveau projet fonctionnerait davantage.

Il a pourtant choisi d’avancer.

« Une réussite moins visible mais qui compte énormément pour moi, c’est d’avoir su repartir. »

Cette phrase éclaire une grande partie de son parcours.

La ténacité dont il parle ne consiste pas uniquement à travailler davantage ou à poursuivre un objectif coûte que coûte.

Elle consiste aussi à accepter qu’un projet puisse s’interrompre, qu’une trajectoire puisse changer et qu’il soit parfois nécessaire de reconstruire autrement.

Repartir n’efface donc pas ce qui a précédé.

Au contraire, chaque étape nourrit la suivante.

06Entre recherche scientifique et innovation

Depuis décembre 2024, Adil mène parallèlement son doctorat à l’Université du Luxembourg et ses responsabilités chez LuxGeospatial.

Dans son travail de recherche, il développe notamment des technologies de simulation destinées à la gestion de crise et à la formation à la réponse d’urgence.

Il utilise pour cela des données géospatiales en temps réel, de l’imagerie drone, du LiDAR, de la reconstruction 3D et des environnements immersifs.

Son positionnement se situe précisément à la frontière entre recherche et terrain.

D’un côté, comprendre et développer de nouvelles technologies.

De l’autre, s’assurer que ces technologies puissent réellement répondre à des problématiques concrètes.

Cette capacité à relier plusieurs mondes est d’ailleurs l’une des qualités qu’Adil considère comme déterminantes dans son parcours.

Il évoque également son multilinguisme, son expérience entre le Maroc et le Luxembourg, sa curiosité technique et sa capacité à construire des relations de confiance avec des interlocuteurs très différents.

Le domaine géospatial évolue lui aussi rapidement.

Adil observe notamment l’impact croissant de l’intelligence artificielle sur l’analyse et l’exploitation des données géographiques.

Dans le même temps, des technologies comme les drones et le LiDAR deviennent plus accessibles.

Il devient donc possible de collecter beaucoup plus facilement des données 3D.

Mais disposer de davantage de données ne signifie pas automatiquement mieux les comprendre.

Le traitement, l’interprétation et la fiabilité de ces informations deviennent des enjeux majeurs.

Adil identifie également un autre défi : convaincre des institutions parfois prudentes d’adopter des outils immersifs ou prédictifs dans des domaines sensibles comme la gestion de crise.

À l’inverse, il observe une demande croissante pour les outils de prévention et de formation face aux risques naturels, aussi bien en Europe qu’en Afrique.

Cette évolution correspond particulièrement bien à son propre positionnement : construire un passage entre la recherche académique et l’application opérationnelle.

07Le Maroc comme racines, le Luxembourg comme ancrage

Lorsqu’on lui demande de résumer la place du Maroc dans son parcours en un mot, Adil répond :

« Racines. »

Le Maroc ne représente pas seulement son pays d’origine.

C’est là que sont nés son intérêt pour la géologie et la géographie, son premier engagement entrepreneurial et sa volonté de contribuer au développement économique local.

Cette dimension reste présente aujourd’hui.

Adil explique que son identité marocaine continue d’orienter certains de ses projets et son intérêt pour le développement en Afrique.

Il conserve également la conviction qu’il retournera un jour au Maroc pour y relancer une activité.

« Le Maroc n’est donc pas un chapitre refermé de mon parcours, c’est un horizon vers lequel je continue de me tourner. »

Le lien n’a donc jamais été interrompu.

Il a simplement changé de forme.

Pour le Luxembourg, le mot choisi est différent :

« Ancrage. »

C’est au Grand-Duché qu’Adil reprend ses études.

C’est ici que naît LuxGeospatial.

C’est également au Luxembourg qu’il poursuit aujourd’hui son doctorat et construit une nouvelle partie de son parcours professionnel.

Le Maroc représente les racines.

Le Luxembourg représente l’ancrage.

Entre les deux, Adil ne cherche pas à établir une opposition.

Il cherche plutôt à construire des passerelles.

08Construire des ponts sans s’effacer

Cette manière de penser apparaît également dans sa vision de l’intégration et dans son regard sur la communauté marocaine au Luxembourg.

Adil estime important de mieux rendre visible ce qu’elle construit au Grand-Duché, parfois discrètement mais de manière solide.

Il souhaiterait notamment voir davantage de structuration collective.

Parmi les idées qu’il veut partager lors de l’événement figure celle de développer une marque collective et une capacité d’influence structurée pour la communauté marocaine, afin de mieux faire valoir ses initiatives au Luxembourg tout en contribuant à renforcer la présence du Maroc dans le pays.

Il s’agit de sa vision personnelle de ce que la communauté pourrait construire dans les années à venir.

« Notre identité marocaine, faite d’une ouverture au monde ancienne de plusieurs siècles, n’est pas un frein à notre réussite au Luxembourg, elle en est la force. Intégrons-nous pleinement, sans jamais nous effacer. »

Pour Adil, intégration et identité ne sont donc pas incompatibles.

Elles peuvent au contraire se renforcer mutuellement.

Ténacité

Savoir repartir lorsque les circonstances imposent de revoir une trajectoire et continuer à construire sans renoncer à l’ambition initiale.

Ouverture & transmission

Faire circuler les connaissances, relier les cultures et transformer les expériences acquises entre le Maroc et le Luxembourg en passerelles.

Lorsqu’il doit résumer son parcours en trois mots, Adil choisit :

Ténacité. Ouverture. Transmission.

Et lorsqu’on lui demande quelle valeur le représente particulièrement, sa réponse est :

« La confiance, le relationnel humain avant tout. »

Ces mots correspondent aux différentes étapes de son parcours.

La ténacité pour repartir après un projet qui ne s’est pas réalisé comme prévu.

L’ouverture pour évoluer entre plusieurs pays, plusieurs cultures et plusieurs environnements professionnels.

La transmission pour faire circuler la connaissance entre la recherche, l’entreprise et la société.

Le Maroc est ses racines.

Le Luxembourg est son ancrage.

Et pour définir sa vision de l’avenir, Adil choisit un dernier mot :

« Pont. »

Un pont entre la recherche et l’entrepreneuriat.

Entre technologie et besoins humains.

Entre le Maroc et le Luxembourg.

Entre l’Europe et l’Afrique.

Adil Nassoh n’a pas simplement changé de pays. Il a transporté avec lui une ambition née au Maroc et lui a donné de nouveaux outils au Luxembourg.

Il n’a pas abandonné la géographie pour la technologie. Il a utilisé la technologie pour prolonger son rapport à la géographie.

Il n’a pas choisi entre recherche et entrepreneuriat. Il travaille précisément à l’endroit où les deux peuvent se rencontrer.

Et il ne voit pas son identité marocaine comme quelque chose qu’il faudrait mettre de côté pour réussir au Luxembourg.

Son parcours rappelle ainsi qu’une trajectoire n’a pas besoin d’être parfaitement linéaire pour être cohérente.

Parfois, la cohérence apparaît précisément dans la capacité à transformer les interruptions, les déplacements et les nouveaux départs en passerelles vers la suite.

  • Transformer la connaissance scientifique en solutions concrètes.
  • Savoir repartir lorsque la trajectoire initiale change.
  • Construire la confiance avant de chercher uniquement la performance.
  • Faire de ses racines une force dans son parcours d’intégration.
  • Créer des ponts entre recherche, entrepreneuriat, Maroc, Luxembourg, Europe et Afrique.

C’est peut-être là que se trouve le fil conducteur du parcours d’Adil Nassoh : avancer sans effacer ce qui précède, et utiliser chaque nouvelle étape pour construire des ponts.

Venez rencontrer Adil Nassoh

Lors de « Parcours & Horizons », Adil Nassoh partagera son expérience entre recherche scientifique et entrepreneuriat, des géosciences étudiées au Maroc au développement de technologies géospatiales au Luxembourg.

Son témoignage invite à une réflexion essentielle : comment transformer les changements de trajectoire en nouvelles possibilités, construire sa place par la confiance et faire de son identité une force pour créer des ponts entre plusieurs mondes ?

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